Université du Québec à Montréal
29 avril, 2009
Pour faire un jugement dans le sens cartésien, explique André Gombay, il faut que tous les sens soient joints à une idée de soi, ce que les animaux n’ont évidemment pas. Descartes parle toutefois des ‘peurs, espoirs et joies’ des chiens, des chevaux, des singes, sans admettre qu’en parlant ainsi on est obligé d'attribuer des esprits ou des intellects à ces bêtes mêmes. Est-ce que Descartes se contredit ici? Pas forcément, d’après M. Gombay.
Le chien ne peut pas se tromper quand il se lance sur un leurre qui ressemble à un canard, parce qu’il n’était pas capable avant de former le jugement que ce soit un canard, ni d’avoir l’idée de soi qui est présumément implicite dans n’importe quel verbe conjugué dans la première personne. Ce n’est pas pour Descartes avec nos yeux que nous percevons le canard, c’est avec nos esprits ou, ce qui est le même, nos intellects.
Même sans les concepts nécessaires pour former des jugements, Gombay croit que le chien pourrait avoir des perceptions, qu’il qualifie comme ‘non-attribuées’. Le chien ne peut pas former le jugement ‘J’ai mal à la patte’, car il n’a pas le concept de ‘je’ ni de ‘patte’. Mais prenons un jugement, ou proto-jugement, comme ‘il fait mal’. Est-ce que ça c’est une pensée qui pourrait faire partie de ce que Gombay appelle l’‘expérience atmosphérique’ d’un animal? Pour un être qui n’a que des expériences atmosphériques, toute proposition commence par ‘il’, ce pronom designant la source d’un vaste donné non-structuré et tout-encompassant. Parfois il pleut, parfois il fait mal, parfois il fait plaisir, etc.
Si Gombay a raison, il faudra peut-être repenser si que nous avons longtemps considéré comme la nouveauté de la théorie de ‘petites perceptions’ de Leibniz. Car qu’est-ce que c’est qu’une expérience atmosphérique si non une perception sans apperception, c’est à dire une perception plus ou moins confuse qui n’est pas accompagnée par la conscience de soi.
Mais est-ce que Descartes aurait pu vraiment croire une chose semblable?
Il faut reconnaitre que les textes eux-mêmes ne nous donnent pas une reponse univoque. Gombay nous fournit une liste de toute les reférences aux animaux dans les travaux publiés et dans les correspondances. A ces reférences on pourrait probablement en ajoute encore une, quoique indirecte, qui se trouve parmi les notes que Leibniz a pris à Paris, probablement juste après que Claude Clerselier, l’éxecuteur du Nachlass de Descartes, lui a fourni accès à des manuscrits embryologiques et physiologiques de Descartes. Les notes que Leibniz a prises constituent la seule trace que nous avons de ces textes, et elles sont très révélatrices. Dans une note, appellée De animalibus, Leibniz écrit: “Cartesii vera mens fuisse videtur animalia etiam cogitare”: la vraie opinion de Descartes était que les animaux pensent.
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