LH III 5, 56. To see the original manuscript, please go here.
25 janvier, 1676
Estant venu <un matin> chez Mons. l'Abbé de Gravel, pour aller avec luy à S. Germain, il me dit qu'il venoit de faire une operation de chirurgie sur luy même, contre la goutte, par precaution. Je luy demanda ce que c'estoit. Il me dit que son frere avoit appris en Allemagne, que lorsqu'on commence d'estre attaqué de la goutte, ou qu'on l'apprehende, il faut toutes les nouvelles lunes, le plus près du veritable temps de la nouvelle [lune], qu'on peut[,] faire des incisions ou scarifications sur le pouce du pied ou on commence a ressentir ou apprehender le mal, au dessus. Son frere commenca a en avoir deux acces icy, il y a quelques temps; il s'en servit; le mal ne revient plus. Luy y a deja ressenti quelques fois des douleurs de goutte bien plus violents encor que son frere la dessus. il s'est servi de [c]e même remede, et le mal n'est plus revenu depuis. Il n'y a rien de si raisonnable. Car c'est la plus basse, et la derniere partie du corps, ou les humeurs les plus grossiers et les plus gluants ou Tartareux se rendent peu à peu, et enfin s'en durcissent; ou enflent au moins la partie. C'est pourquoy il faut leur donner vent; cela sert à y remuer le sang, et à luy donner de l'air. Il faut apres l'incision appliquer la ventouse. La mode <des ventouses> des Allemands, avec les petites pointes qu'ils donnent, est bien plus commode; pour moy[,] je me souviens d'avoir entendu la même chose en Allemagne, comme un remede asseuré contre la goutte, quand elle seroit même confirmée.
Il y a une espèce de Maladie à Paris, dont les femmes se plaignent ordinairement, et qu'elles appellent vapeurs. Ce sont comme des éblouissements, et surprises et foiblesses subites qui les prennent et s’en vont tout a coup et reviennent par intervalles. Et comme cela les eblouit comme si quelque nuée epaisse venoit à leur obscurcir la veue et l'esprit, elles appellent cecy des vapeurs. Or il est bien manifeste que cecy ne scauroient estre des vapeurs. La comparaison de la teste pour un alembic est fort mal fondée; il n'y a point de passages pour la distillation et dans la teste même pour une vapeur il faudroit des places vuides ou la vapeur se pût rassembler. Or Mons. Alliot le jeune m'a conté que son pere et luy avec Mons. Boundelot et autres ont assisté à l'ouverture du corps de Mons. le Marechal de Clerambault; on y trouva dans un des passages du sang du coeur au poumon ou contre (car je ne m'en souviens pas bien) un gros morceau de chair spongieux comme une langue de carpe, qui avoit bouché le passage du sang car il est probable, que le sang rencontrant ces bouchons se reflechit en luy meme, et par une espece de revulsion se retire en arrière de toutes les extremitez, vers le coeur. Cela doit faire un affoiblissement subite, mais qui cesse incontinent. C'est une disposition à la syncope, lors que le sang ne peut plus passer autant qu'il faut pour la vie, on meurt. Ces obstructions causent dans les femmes des desordres dans le bas ventre ou matrice comme si on bouchoit viste un alembic pour empecher l'esprit qui veut sortir[,] tout creveroit. Or les medecins fondent leur indication ridiculement sur le nom de vapeurs, il faut, disent ils, les condenser, donc il[s] donnent des limonades et autres acides, lesquels avancent le mal, parcequ'ils servent a augmenter la coagulation qui est dans le sang. Et on l'a essayé, car ayant pris ce morceau qui s'estoit trouvé, chez Mons. de Clerambault et on a tacheé de le dissoudre dans le vinaigre, mais cela n'a servi qu'a l'endurcir. Par apres on l[']a fort bien dissolu dans un alcali comme lessive. Donc il faut des alcali pour le dissoudre, et a fin, qu'ils penetrent jusque dans le sang, il faut des alcali bien volatile <et penetrant>, comme l'esprit d'urine, ou sal amoniac. Mons. Alliot le pere a fait un écrit, de cancro sine igne et ferro (per alcalia) curato. Sylvius luy écrit la dessus une lettre fort honneste, et luy dit qu'il falloit qu'ils eussent eu le même maistre (+ Helmont apres la nature +) pour avoir des sentimens si conformes. Bartholin in catalogo autorum de son Anatomia reformata, derniere edition, cite aussi Petrum Alliot. Le jeune Alliot a soûtenu une these: quod Natura vitalem exerceat Chymiam. Mons. Alliot le pere a crû que Vesicula fellis cum chylo in intestino tenui facit effervescentiam, avant que d’avoir entendu que Mons. Alliot enseigne la même chose. C'est vesiculae fellecae liquor, qui entretient la fluidité et le mouvement dans le sang par son alcali. Et ce qu'on attribue vulgairement au defaut de la chaleur naturelle, ne vient que du defaut de cette liqueur. Il s'engendrent des pierres dans cette vesicule qui diminuent la quantité necessaire du fiel. Amarum et acidum reagentia faciunt tertium salsum, quod est urinosum illud sal. Unde fermentatione opus est ad alcali ex urina recuperandum (+ mihi videtur Amarum et Acidum facere salsum. Proprie et gustu talia. Sed ex salso non ipsi plane sed nonnihil dissimilia per putrefactionem restitui, sed alias substantias; quibus nomina invenienda +). Un nommé Lasson, chirurgien ou apothiquaire, que je rencontra chez Mons. Alliot le jeune, me dit qu'il avoit trouvé par le raisonnement un moyen de distiller l'esprit d'urine <en un instant> sans aucune fermentation, en abregeant cette fermentation par l'injection de certaines choses (+ alcalis qui mangent l'acide apparemment afin qu'il quitte l'alcali volatile de l’urine +) apres avoir evaporé l'urine ad consistentiam mellis. || Rien de meilleur contre le rheume <schmerzen> que de se tenir longtemps droit, sans incliner sa teste.
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